Bien avant d’être la dernière capitale musulmane, la Grenade médiévale portait un autre nom : Gharnāṭat al-Yahūd — « Grenade des Juifs ». Pendant un temps, elle fut l’une des villes juives les plus importantes du monde, patrie de poètes, de philosophes et même d’un général juif qui gouverna le royaume en tout sauf le nom. Cette histoire est faite d’accomplissements éblouissants et de tragédies terribles, et ses traces sont encore ici, à une courte distance en voiture du Cortijo Bujio.

Lorsque les armées musulmanes prirent la péninsule Ibérique en 711, les communautés juives qui avaient souffert sous les Wisigoths accueillirent souvent le changement, et sous l’islam elles entrèrent dans un long âge d’or. Grenade en particulier devint un grand centre juif — au point que les chroniqueurs arabes l’appelèrent Gharnāṭat al-Yahūd. Dans le quartier du Realejo, sur le versant en contrebas de l’Alhambra, une communauté juive florissante de marchands, de savants et d’artisans vécut pendant des siècles.
Aucune figure ne saisit les sommets de cet âge comme Samuel ibn Naghrillah, connu sous le nom de HaNagid — « le Prince » (993-1056). Il s’éleva jusqu’à devenir grand vizir de la taïfa de Grenade sous ses souverains berbères zirides, commanda l’armée du royaume sur le terrain, dirigea sa communauté juive, et — chose stupéfiante — fut aussi l’un des plus fins poètes hébreux de son temps, écrivant poèmes de guerre, complaintes et vers d’amour entre deux batailles. Qu’un Juif détînt un tel pouvoir dans un État du XIe siècle donne la mesure de l’ouverture véritable dont al-Andalus était capable. Ce fut l’« âge d’or de la culture juive en Espagne », qui donna aussi au monde les poètes Salomon ibn Gabirol, Moïse ibn Ezra (un Grenadin) et Juda Halevi.
Mais al-Andalus ne fut jamais le simple paradis de la légende, et Grenade montre pourquoi. À la mort de Samuel, son fils Joseph hérita de ses fonctions mais non de son tact. Le ressentiment envers l’influence juive déborda, et le 30 décembre 1066 une foule prit d’assaut le palais royal, tua Joseph et massacra quelque 4 000 Juifs — l’un des pires pogroms de l’Europe médiévale. La communauté se releva, pour être de nouveau écrasée en 1090 par les puritains Almoravides déferlant d’Afrique. La vérité de la convivencia est ce double visage : une coexistence et une créativité extraordinaires, ponctuées d’épisodes de violence. Honorer les deux est la seule façon honnête de raconter cette histoire.
La figure la plus imposante de la civilisation séfarade naquit un peu plus loin sur la route, à Cordoue, en 1138 : Moïse Maïmonide (Rambam) — philosophe, médecin et juriste, auteur du Guide des égarés, dont la pensée façonna à la fois le judaïsme, l’islam et la scolastique chrétienne. Fuyant la persécution almohade, il écrivit une grande partie de son œuvre en judéo-arabe (l’arabe en lettres hébraïques), la langue quotidienne des Juifs andalous — un emblème parfait de ce monde fusionné. Sa statue se dresse aujourd’hui dans l’ancien quartier juif de Cordoue.
La fin de l’histoire est liée à la chute de Grenade. Le 31 mars 1492, dans l’Alhambra elle-même, les Rois Catholiques signèrent le décret de l’Alhambra, expulsant tous les Juifs qui ne se convertiraient pas. La grande communauté de Sépharade — le nom hébreu de l’Espagne — fut dispersée à travers la Méditerranée : vers l’Empire ottoman, l’Afrique du Nord, l’Italie et plus tard Amsterdam. Elle emporta avec elle sa langue, le ladino (judéo-espagnol), et son souvenir de l’Espagne, qui survécurent tous deux durant cinq siècles. En 2015, l’Espagne offrit même la citoyenneté aux descendants des Séfarades expulsés — un petit geste de retour, 523 ans plus tard.
Pourquoi Grenade était-elle appelée « Grenade des Juifs » ? Les écrivains arabes médiévaux l’appelaient Gharnāṭat al-Yahūd en raison de sa communauté juive nombreuse et influente, centrée sur le quartier du Realejo en contrebas de l’Alhambra.
Qui était Samuel HaNagid ? Samuel ibn Naghrillah (993-1056), un Juif qui devint grand vizir et chef de l’armée de la taïfa de Grenade, dirigeant de sa communauté juive, et l’un des plus grands poètes hébreux de son temps — l’emblème de l’âge d’or de l’Espagne séfarade.
L’Espagne médiévale était-elle vraiment tolérante envers les Juifs ? Elle l’était, remarquablement pour les standards médiévaux — mais pas toujours. Grenade connut à la fois un âge d’or et le massacre de quelque 4 000 Juifs en 1066. L’image honnête est celle d’une coexistence brillante interrompue par des épisodes de persécution.
Qu’est-ce que l’héritage séfarade ? « Sépharade » est le nom hébreu de l’Espagne. Les Juifs expulsés en 1492 et leurs descendants — les Séfarades — portèrent la culture judéo-espagnole et la langue ladino à travers le monde pendant des siècles.
Où puis-je voir cette histoire près du Cortijo Bujio ? Le Realejo et l’Alhambra à Grenade (environ 45 minutes), et le remarquable quartier juif et la synagogue de Cordoue (moins de deux heures).
Le Cortijo Bujio est à 45 minutes du Grenade juif de légende. Poursuivez la lecture sur 1492, les savants d’al-Andalus, l’Andalousie mauresque et Grenade et l’Alhambra.
Sources : Encyclopædia Britannica (« Samuel ha-Nagid » ; « Moses Maimonides ») ; Wikipedia, « Samuel ibn Naghrillah » et « 1066 Granada massacre » ; María Rosa Menocal, The Ornament of the World.