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Guide de voyage
Grenade et l'Alhambra
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À seulement quarante-cinq minutes de Cortijo Bujio se trouve l’une des villes les plus extraordinaires d’Europe. Grenade fut la dernière capitale de l’Espagne musulmane, et elle porte cette histoire à ciel ouvert : dans les murs couleur de miel de l’Alhambra, dans l’enchevêtrement des ruelles blanches qui grimpent la colline de l’Albaicín, dans l’assiette offerte qui arrive encore, sans qu’on la demande, avec chaque verre de vin. Ce guide rassemble ce qu’il vaut vraiment la peine de savoir avant de partir — les histoires derrière les pierres, et les détails pratiques qui font la différence entre une bonne visite et une visite inoubliable.

The Court of the Lions courtyard and fountain, Alhambra, Granada
The Court of the Lions courtyard and fountain, Alhambra, Granada · Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

L’Alhambra : une forteresse devenue paradis

L’Alhambra n’est pas un palais unique, mais une ville fortifiée sur une crête au-dessus de Grenade — une forteresse (l’Alcazaba), un ensemble de palais royaux, un domaine de jardins d’été (le Generalife) et, plus tard, un palais Renaissance édifié par un empereur du Saint-Empire romain germanique. Son nom vient de l’arabe al-qal’a al-hamra, « le château rouge », d’après l’argile rougeâtre de ses remparts, qui rougeoient au coucher du soleil.

La construction commença véritablement au XIIIe siècle sous Muhammad Ier ibn al-Ahmar, fondateur de la dynastie nasride, les derniers souverains musulmans de la péninsule Ibérique. Ce que ses descendants créèrent au cours des 250 années suivantes constitue l’un des sommets de l’art islamique dans le monde entier — et, chose remarquable, cet ensemble fut bâti par un petit royaume assiégé qui payait tribut à ses voisins chrétiens, au crépuscule de l’Espagne musulmane plutôt qu’à son apogée.

Les palais nasrides

C’est le cœur de l’Alhambra et la raison pour laquelle il faut réserver avec soin (nous y reviendrons plus bas). La cour des Myrtes, avec son long bassin immobile qui reflète la tour de Comares, était le centre diplomatique du royaume. Au-delà s’étend la cour des Lions, sans doute la cour la plus célèbre du monde islamique : une fontaine reposant sur douze lions de marbre sculptés, entourée de 124 colonnes élancées qui semblent presque trop délicates pour soutenir les arcades. L’ingénierie dissimulée à l’intérieur est aussi impressionnante que la beauté qui s’offre au regard — tout le complexe était alimenté par un ingénieux système hydraulique fonctionnant par gravité, capté sur le fleuve Darro à des kilomètres de là.

Regardez de près les murs et vous remarquerez la même formule gravée des milliers de fois à travers les palais : wa la ghaliba illa Llah — « il n’est de vainqueur que Dieu », la devise de la maison nasride. Elle est partout, ouvragée dans le plâtre, la faïence et le bois, un acte discret de répétition qui transforme l’architecture en prière.

La salle des Abencérages porte la plus sombre légende de l’Alhambra. Selon l’histoire, l’une des épouses du sultan retrouvait en secret un chevalier de la famille des Abencérages — un clan noble bien réel et puissant de la cour nasride tardive — sous un cyprès dans les jardins du Generalife. Lorsque le sultan découvrit la liaison, il invita les nobles de la famille à un banquet dans cette salle et les fit décapiter, un par un, au-dessus de la fontaine centrale ; les guides désignent encore les taches couleur de rouille dans le marbre comme le sang des chevaliers assassinés. Le cyprès de la sultane est montré aux visiteurs dans le Generalife aujourd’hui encore. Il s’agit presque certainement d’un mythe romantique — l’histoire ne retient que le fait que les Abencérages étaient une faction rivale brutalement éliminée dans les années 1480, et le récit de la sultane est peut-être une tentative ultérieure de donner à un massacre politique un mobile plus humain. Mais, debout sous l’étonnant plafond en nid d’abeilles de la salle, une coupole de muqarnas d’environ cinq mille minuscules alvéoles, c’est une histoire facile à croire. (L’histoire complète des deux épouses du sultan, Aixa et Zoraya, et de l’arbre est racontée dans notre guide approfondi de l’Alhambra.)

Le Generalife

À une courte marche en montant, le Generalife était la résidence d’été des sultans — un lieu où échapper à la formalité de la cour, parmi les vergers, les cyprès et l’eau. Sa cour de la Séquia déroule un long bassin étroit entre des arcs de jets d’eau, et le bruit de l’eau qui coule est constant. Pour un jardin dessiné à l’origine aux XIIIe et XIVe siècles, sa sérénité paraît étonnamment moderne.

Le palais que Charles Quint fit bâtir

Après la conquête chrétienne, l’empereur Charles Quint planta un palais Renaissance monumental au cœur même de la citadelle musulmane — un cercle parfait inscrit dans un carré, fort beau en soi, et en totale discordance avec tout ce qui l’entoure. Il ne fut jamais achevé de son vivant ni habité comme prévu, mais sa cour circulaire possède une acoustique parfaite et accueille aujourd’hui des concerts.

Le livre qui sauva l’Alhambra

Au début du XIXe siècle, l’Alhambra était tombée en ruine. Les troupes de Napoléon l’occupèrent et, en battant en retraite en 1812, tentèrent de la faire sauter ; un soldat espagnol aurait désamorcé les charges. Des squatteurs et du bétail vivaient parmi les cours.

Puis, en 1829, un écrivain américain du nom de Washington Irving s’installa dans le palais en ruine et, entouré de sa splendeur fanée, écrivit Contes de l’Alhambra (1832). Le livre fut un phénomène international. Il fit redécouvrir l’Alhambra au monde comme un lieu de romance et d’émerveillement, et la vague d’intérêt qu’il suscita contribua à impulser la restauration qui a préservé le monument que nous visitons aujourd’hui. Une plaque, dans le palais, signale les pièces où il séjourna. C’est un cas rare de récit de voyage ayant, très littéralement, contribué à sauver son sujet.

La chute de Grenade, 1492

Le 2 janvier 1492, le dernier souverain musulman d’Espagne, Muhammad XII — Boabdil — remit les clés de Grenade aux Rois Catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon. Cela mettait fin à près de 800 ans de domination musulmane sur la péninsule. La légende veut qu’au moment où Boabdil partait en exil et se retournait pour un dernier regard sur la ville qu’il avait perdue, il pleura — et que sa mère lui adressa le célèbre reproche : « Tu pleures comme une femme ce que tu n’as pas su défendre comme un homme. » Le col de montagne où il se serait arrêté s’appelle encore el último suspiro del moro, « le dernier soupir du Maure ».

1492 fut l’une des années les plus lourdes de conséquences de l’histoire du monde, et tout convergea dans cette région. Les mêmes souverains qui prirent Grenade signèrent au printemps l’accord finançant le premier voyage de Christophe Colomb — dans la ville de Santa Fe, dans la plaine juste à l’ouest de la cité, construite de toutes pièces comme camp militaire durant le siège. La même année vit l’expulsion des Juifs d’Espagne. Peu de lieux permettent de se tenir aussi près d’une véritable charnière de l’histoire.

Au-delà de l’Alhambra : le reste de Grenade

Conseils pratiques pour une visite d’exception

Réservez vos billets pour l’Alhambra bien à l’avance. C’est le conseil le plus important de tous. L’entrée aux palais nasrides se fait par créneau horaire à intervalles de 30 minutes, imprimé sur votre billet et strictement respecté — manquez votre créneau et l’on ne vous laissera pas entrer. En haute saison (juillet-août, Pâques, jours fériés espagnols), les créneaux se vendent des semaines à l’avance, et ceux du milieu de matinée partent les premiers. Réservez sur le site officiel de l’Alhambra le plus tôt possible ; concrètement, prévoyez 30 à 60 jours à l’avance en été. Si le site officiel affiche complet, des revendeurs agréés comme Tiqets ou GetYourGuide disposent parfois de contingents distincts.

Venez tôt ou tard. La lumière est la plus belle et la foule la plus clairsemée en tout début de matinée ou lors de la dernière entrée de la journée. Les après-midis d’été sont accablants de chaleur sur les remparts exposés.

Goûtez les tapas. Grenade est l’une des dernières villes d’Espagne où une tapa arrive encore gratuitement avec chaque boisson — commandez une caña (petite bière) ou un tinto de verano et une assiette de quelque chose suivra. Faites la tournée des bars plutôt que de vous attabler pour un seul grand repas ; c’est moins cher, plus amusant et plus authentiquement local.

Portez de bonnes chaussures. L’Alhambra comme l’Albaicín sont escarpés, irréguliers et pavés. Ce n’est pas une ville pour des semelles habillées.

Questions fréquentes

À quelle distance se trouve l’Alhambra de Cortijo Bujio ? À environ 45 minutes en voiture. Grenade se prête à une excursion facile depuis la villa et, parce que vous séjournez à la campagne, vous évitez le stationnement et la circulation difficiles de la ville — venez passer la journée et rentrez le soir au calme et à la tranquillité.

Dois-je réserver mes billets pour l’Alhambra à l’avance ? Oui. Les palais nasrides n’admettent qu’un nombre limité de visiteurs par créneau de 30 minutes, et les dates prisées se vendent des semaines à l’avance. Il est vivement recommandé de réserver le plus tôt possible, surtout en été et autour de Pâques.

Combien de temps faut-il consacrer à l’Alhambra ? Comptez au moins trois heures pour l’ensemble du site — l’Alcazaba, les palais nasrides, le Generalife et le palais de Charles Quint — et davantage si vous souhaitez flâner. Les jardins à eux seuls récompensent une heure sans hâte.

Quelle est la plus belle vue sur l’Alhambra ? Le Mirador de San Nicolás, dans l’Albaicín, surtout au coucher du soleil, lorsque le palais rougeoie devant les neiges de la Sierra Nevada.

Pourquoi Grenade offre-t-elle des tapas gratuites ? C’est une tradition que la ville a maintenue en vie bien après que la plupart de l’Espagne l’a abandonnée. La coutume remonte à la vieille habitude de couvrir un verre de vin d’une tranche de pain ou de jambon — le mot tapa signifie « couvercle » — et Grenade ne l’a tout simplement jamais laissée disparaître.


Cortijo Bujio se trouve à environ 45 minutes de Grenade, dans les collines au-dessus de Montefrío — assez près pour une journée parmi les palais, assez loin pour rentrer au silence et aux étoiles. Voyez aussi nos guides sur les meilleures excursions depuis la villa et l’histoire de l’Andalousie maure.