Entre les brillants et paisibles petits royaumes du XIe siècle et l’ultime résistance de Grenade en 1492, al-Andalus fut deux fois conquise et réunifiée par la force — non par des chrétiens, mais par de sévères empires berbères remontant d’Afrique. Ces deux vagues, les Almoravides et les Almohades, sont la charnière de toute l’histoire : l’époque où la frontière durcit, où l’atmosphère s’assombrit, et où commença la longue descente vers 1492. Leurs traces parcourent toute cette région.

Après l’effondrement du Califat de Cordoue en 1031, al-Andalus se scinda en taïfas — de petits royaumes cultivés, riches, militairement faibles, qui survivaient en payant tribut à leurs voisins chrétiens. Cela ne pouvait durer. En 1085, la grande cité de Tolède tomba aux mains de la Castille chrétienne, et les rois musulmans du sud, effrayés, firent le geste fatal : ils appelèrent l’Afrique à l’aide.
Les Almoravides (al-Murabitun) étaient un mouvement berbère puritain venu du Sahara, maîtres d’un nouvel empire centré sur Marrakech. Répondant à l’appel des taïfas, ils écrasèrent une armée chrétienne à Sagrajas (Zallaqa) en 1086 — puis, voyant combien les rois de taïfas étaient mous et divisés, s’emparèrent simplement d’al-Andalus pour eux-mêmes, absorbant les petits royaumes vers 1090. Ce fut la pression almoravide qui finit par défaire la principauté éphémère de Valence du Cid après sa mort. Plus stricts et moins tolérants que les taïfas qu’ils remplacèrent, ils échouèrent néanmoins, au bout du compte, à tenir la ligne.
Au milieu du XIIe siècle, un second mouvement berbère, plus rigoureux encore, balaya le premier. Les Almohades (al-Muwahhidun, « ceux qui affirment l’unicité de Dieu ») furent fondés par le prédicateur Ibn Toumart et vainquirent les Almoravides pour régner à la fois sur l’Afrique du Nord et sur al-Andalus. Ils firent de Séville leur capitale péninsulaire et dressèrent son grand minaret, la Giralda, qui domine encore la ville. Mais leur zèle avait une face sombre : leur persécution des juifs et des chrétiens en poussa beaucoup à l’exil — parmi eux le jeune Maïmonide, le plus grand des philosophes séfarades, qui fuit Cordoue. (Voir notre guide sur la Grenade juive.)
Tout changea le 16 juillet 1212, dans les montagnes au nord d’ici. Une armée chrétienne coalisée — Alphonse VIII de Castille rejoint par les rois de Navarre et d’Aragon — brisa le calife almohade al-Nasir à la bataille de Las Navas de Tolosa. Ce fut le tournant décisif de toute la lutte médiévale. La puissance almohade ne s’en releva jamais ; après 1233 environ, leur empire se désintégra dans les luttes intestines, et les grandes cités musulmanes tombèrent coup sur coup — Cordoue en 1236, Séville en 1248.
Et voici le rebondissement qui la relie à la villa. Alors que le monde almohade s’effondrait, un habile seigneur local, Muhammad Ier ibn al-Ahmar, rassembla les fragments et fonda le dernier État musulman d’Espagne — le royaume nasride de Grenade, en 1238 — achetant sa survie en devenant vassal des chrétiens, et aidant même la Castille à prendre Séville. Les sévères empires des Almoravides et des Almohades avaient échoué ; mais de leur naufrage surgit le royaume qui allait bâtir l’Alhambra et tenir 250 ans encore, avec sa frontière passant juste au-delà de Montefrío. (Voir nos guides sur la frontière de Grenade et l’Alhambra.)
Qui étaient les Almoravides et les Almohades ? Deux empires berbères puritains successifs d’Afrique du Nord qui conquirent et réunifièrent par la force l’Espagne musulmane — les Almoravides à partir de la fin du XIe siècle, les Almohades à partir du milieu du XIIe — avant de s’effondrer tous deux devant l’avancée chrétienne.
Pourquoi les taïfas les appelèrent-ils ? Après la prise chrétienne de Tolède en 1085, les faibles royaumes de taïfas cherchèrent une aide militaire en Afrique. Les Almoravides répondirent — puis s’emparèrent eux-mêmes d’al-Andalus.
Qu’était la bataille de Las Navas de Tolosa ? La victoire chrétienne décisive du 16 juillet 1212, lorsqu’une coalition menée par la Castille écrasa le calife almohade. Elle brisa la puissance almohade et ouvrit la voie à la chute de Cordoue (1236) et de Séville (1248).
Quel est le lien avec Grenade ? Alors que l’empire almohade se désintégrait, Muhammad Ier fonda le royaume nasride de Grenade en 1238 — le dernier État musulman d’Espagne, qui bâtit l’Alhambra et dont la frontière traversait la campagne autour de Cortijo Bujio.
Cortijo Bujio se dresse sur la frontière du royaume né de cet effondrement. Poursuivez votre lecture sur l’Andalousie mauresque, la frontière de Grenade, la Grenade juive et Grenade et l’Alhambra.
Sources : Encyclopædia Britannica (« Almoravids » ; « Almohads » ; « Battle of Las Navas de Tolosa ») ; Brian A. Catlos, Kingdoms of Faith ; Hugh Kennedy, Muslim Spain and Portugal.