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Washington Irving
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L'Alhambra que nous visitons aujourd'hui — le rêve que le monde entretient de l'Espagne maure, un palais de légende et de clair de lune — n'est pas seulement une création médiévale. Elle est aussi, d'une manière étrange et merveilleuse, l'invention d'un écrivain américain nostalgique de son pays qui s'installa dans ses ruines délabrées en 1829 et qui, par la puissance d'un seul livre, la sauva et la rendit célèbre. L'histoire de la façon dont l'Alhambra devint une légende est elle-même l'un des plus beaux récits que recèle le palais, et elle commence à moins d'une heure de Cortijo Bujio.

The writer Washington Irving, painted 1809
The writer Washington Irving, painted 1809 · Wikimedia Commons (Public domain)

Un palais en ruines

Au début du XIXe siècle, l'Alhambra avait bien déchu de sa gloire. Les troupes de Napoléon l'occupèrent et, en battant en retraite en 1812, tentèrent de la faire sauter — on dit qu'un soldat espagnol désamorça les charges au dernier moment, sauvant les grandes tours. Dans les décennies qui suivirent, le palais abandonné fut laissé à l'abandon : des squatteurs, des soldats et des mendiants vivaient dans ses salles, le bétail errait dans les cours, et les mauvaises herbes poussaient à travers les célèbres azulejos. L'un des monuments suprêmes du monde n'était, tout simplement, qu'une ruine envoutante.

L'Américain qui s'y installa

Dans cette ruine romantique arriva, au printemps 1829, Washington Irving — déjà célèbre comme l'auteur de Rip Van Winkle et de La Légende de Sleepy Hollow. Bénéficiant du privilège extraordinaire de vivre à l'intérieur même de l'Alhambra, il y séjourna des mois, errant dans ses cours baignées de lune, s'asseyant dans la salle des Ambassadeurs pour écouter le vent, et — élément crucial — recueillant les histoires et les légendes des gens ordinaires qui vivaient parmi les ruines. Son compagnon et guide était un homme du cru, Mateo Jiménez, petit-fils d'une vieille famille rom qui montrait le palais aux voyageurs depuis des générations.

Le livre qui changea tout

En 1832, Irving publia Contes de l'Alhambra — un mélange magique d'histoire, de récit de voyage et des légendes populaires qu'il avait recueillies : trésors enfouis, princesses enchantées, un roi maure qui reviendrait un jour. Ce fut un succès immédiat et international. Presque à lui seul, ce livre fit redécouvrir l'Alhambra au monde comme un lieu de romanesque et d'émerveillement, et déclencha une vague de voyageurs, d'artistes et de rêveurs faisant route vers Grenade. Gênées par les descriptions vivantes que faisait Irving de l'abandon du palais, les autorités espagnoles entamèrent enfin la sérieuse restauration qui préserva l'Alhambra que nous voyons aujourd'hui.

C'est une chose rare : un livre de voyage qui, littéralement, contribua à sauver son sujet. Une plaque dans le palais signale les pièces où Irving séjourna, et son nom est désormais tissé dans l'histoire de l'Alhambra aussi sûrement que celui d'aucun sultan.

Une note en bas de page honnête

L'Alhambra d'Irving était aussi, en partie, une belle fiction. Son histoire était romantique et peu fiable, ses légendes brodées, ses Maures vus à travers le flou tendre du romantisme du XIXe siècle — le même mouvement, et à peu près la même imagination, qui produisirent les peintures et les récits de voyage « orientalistes » de l'époque. Cela n'amoindrit pas l'exploit ; cela l'approfondit. L'Alhambra dont vous tombez amoureux aujourd'hui est à la fois un véritable palais médiéval et un rêve romantique posé par-dessus il y a deux siècles. Le savoir ne rend le lieu que plus fascinant. (Voir notre guide sur Grenade et l'Alhambra.)

Sur les traces d'Irving depuis la villa

Questions fréquentes

Qui était Washington Irving ? Un écrivain américain (1783-1859), auteur de Rip Van Winkle, qui vécut à l'intérieur de l'Alhambra en 1829 et écrivit les Contes de l'Alhambra (1832), le livre qui rendit le palais célèbre dans le monde entier.

Washington Irving a-t-il vraiment sauvé l'Alhambra ? En effet, oui. Son livre suscita un tel intérêt international — et mit en lumière l'abandon du palais — qu'il contribua à impulser la restauration du XIXe siècle qui le préserva. Les troupes de Napoléon avaient plus tôt tenté de le faire sauter.

Les Contes de l'Alhambra sont-ils une histoire exacte ? Pas vraiment — c'est un mélange romantique d'histoire et de légendes populaires, écrit dans l'esprit de son époque. Sa magie réside dans l'art du récit, non dans l'érudition.

Puis-je voir où Irving séjourna ? Oui. Une plaque dans l'Alhambra signale les pièces qu'il occupa, à environ 45 minutes de Cortijo Bujio.


Cortijo Bujio est à 45 minutes de l'Alhambra d'Irving. Poursuivez votre lecture sur Grenade et l'Alhambra, le guide approfondi de l'Alhambra et l'Andalousie maure.

Sources : Washington Irving, Contes de l'Alhambra (1832) ; Encyclopædia Britannica, « Washington Irving » ; Patronato de la Alhambra y Generalife.