Le flamenco est le son que la plupart des gens rapportent d’Andalousie — le cri rauque du chanteur, la tempête de la guitare, le martèlement des talons sur le bois. Mais Grenade a sa propre version de ce feu, née dans des grottes creusées à flanc de colline au-dessus de la ville, d’une rencontre de cultures qui n’eut lieu nulle part ailleurs. Si vous séjournez au Cortijo Bujio, une soirée de flamenco au Sacromonte est l’une des expériences essentielles de la région — et elle est bien plus ancienne et plus étrange que le spectacle touristique auquel elle peut parfois ressembler.
Le flamenco n’est pas qu’une danse. C’est une trinité : le cante (le chant, son cœur battant), le toque (la guitare) et le baile (la danse), liés ensemble par le jaleo — les cris, les claquements de mains (palmas) et les claquements de doigts de tous les présents. Il s’est développé en Andalousie au fil des siècles à partir d’une fusion de traditions rom (gitane), mauresque, juive et andalouse, et il se décline en dizaines de formes, ou palos — la soleá et la seguiriya, profondes et affligées ; les joyeuses alegrías et bulerías ; le fandango et le tango. En 2010, l’UNESCO a inscrit le flamenco au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
À son sommet, le flamenco est affaire de duende — un mot presque impossible à traduire, rendu célèbre par le propre poète de Grenade, Federico García Lorca : une force sombre et frémissante qui s’élève dans une véritable interprétation et saisit tout le monde dans la salle. (Voir notre guide sur le Grenade de Lorca.)
Gravissez la colline au-delà de l’Albaicín et vous atteignez le Sacromonte, un quartier de maisons troglodytes blanchies à la chaux, taillées à même la roche. Son histoire commence dans les années qui suivirent 1492. Alors que Grenade tombait, des colons roms, des Morisques (musulmans restés sur place) et des Juifs — des peuples repoussés dans les marges — se firent des foyers sur ce coteau, hors des murs de la ville. Les grottes étaient bon marché, pratiques et confortables : chaudes en hiver, fraîches durant le rude été andalou. Au fil des générations, le Sacromonte devint un quartier authentiquement multiculturel où se mêlaient les modes de vie gitan, arabe et andalou — et de ce mélange naquit quelque chose d’unique.
Le don du Sacromonte au flamenco est la zambra. C’est la forme locale, née dans ces grottes de la fusion de la culture gitane et de la culture mauresque — son nom même vient de l’arabe zamr. Historiquement, la zambra était la danse d’un mariage gitan de Grenade, ses rythmes et ses mouvements portant un écho indéniable du passé mauresque que le reste du flamenco n’a pas. Interprétée dans une grotte basse et blanchie à la chaux, ornée de casseroles en cuivre, avec un public presque assez proche pour toucher les danseurs, une bonne zambra est intime et électrique d’une manière qu’aucun théâtre ne saurait égaler. Sa valeur culturelle est désormais officiellement reconnue : un processus a été engagé en 2019 pour faire déclarer la zambra patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO à part entière.
Un mot d’honnêteté : le flamenco du Sacromonte va du profondément authentique au franchement touristique. Pour trouver la vraie chose :
Grenade est à environ 45 minutes du Cortijo Bujio, si bien qu’une soirée de flamenco constitue une escapade parfaite — idéalement après une journée à l’Alhambra. Comme vous rentrez ensuite à la campagne, vous pouvez profiter de la ville dans toute son animation et dormir malgré tout sous les étoiles. (Voir notre guide de Grenade et de l’Alhambra.)
Qu’est-ce que la zambra ? La forme de flamenco propre à Grenade, née dans les grottes du Sacromonte de la fusion de la culture gitane et de la culture mauresque. Son nom vient de l’arabe zamr, et c’était traditionnellement la danse d’un mariage gitan de Grenade.
Pourquoi le flamenco se danse-t-il dans des grottes à Grenade ? Après 1492, des communautés marginalisées — Roms, Morisques et Juifs — s’installèrent dans les maisons troglodytes de la colline du Sacromonte. Le style de flamenco de Grenade y grandit, et les grottes en restent le foyer naturel.
Le flamenco du Sacromonte est-il authentique ou seulement pour les touristes ? Les deux existent. Cherchez une petite zambra dans une grotte historique plutôt qu’un grand théâtre, allez à un spectacle plus tardif, et concentrez-vous sur le chant (cante) pour l’expérience vraie et empreinte d’âme.
À quelle distance se trouve Grenade du Cortijo Bujio ? À environ 45 minutes en voiture — une escapade du soir facile, à combiner de préférence avec une journée à l’Alhambra et un coucher de soleil depuis l’Albaicín.
Le Cortijo Bujio est à 45 minutes de Grenade et de son Sacromonte. Voir aussi nos guides sur le Grenade de Lorca, Grenade et l’Alhambra et l’Andalousie mauresque.
Sources : UNESCO Patrimoine culturel immatériel (flamenco, 2010) ; Rick Steves et National Geographic sur le Sacromonte ; Andalucía.org et Zambra María la Canastera sur les zambras du Sacromonte ; Museo Cuevas del Sacromonte.