Toute la brillante civilisation d’al-Andalus — celle dont la dernière fleur fut l’Alhambra, à une heure de Cortijo Bujio — commença avec un seul prince fugitif fuyant pour sauver sa vie à travers cinq mille kilomètres. Son histoire, et le siècle d’or qu’elle engendra dans la Cordoue voisine, est le socle sur lequel repose tout le reste dans cette région. Et elle commence, comme tant de choses ici, à Damas.

En 750, la dynastie omeyyade qui gouvernait le monde islamique depuis Damas fut renversée et massacrée par les Abbassides. Un jeune prince, Abd al-Rahman, en réchappa. Il traversa l’Afrique du Nord en homme traqué et, en 756, s’empara du pouvoir à Cordoue, fondant un Émirat indépendant — un fragment de l’État déchu de Damas renaissant à l’extrémité occidentale du monde. On le surnomma al-Dakhil, « l’Immigré », et « le Faucon des Quraych ». Nostalgique de la Syrie, il aurait planté un palmier dans son jardin et lui aurait écrit un poème, voyant dans cet arbre solitaire, loin de sa terre natale, un reflet de lui-même. En 785, il entreprit la Grande Mosquée de Cordoue — la Mezquita — l’un des édifices suprêmes du monde islamique.
Sous ses descendants, Cordoue devint sans doute la ville la plus avancée d’Europe. Le sommet fut atteint en 929, lorsque Abd al-Rahman III se proclama Calife — souverain religieux et politique suprême —, rompant définitivement avec l’Orient. Pour couronner son califat, il bâtit une fabuleuse cité-palais, Medina Azahara, juste à l’ouest de Cordoue, et — fait révélateur — la modela en partie sur l’ancien palais omeyyade de Damas, lien délibéré tracé à travers les siècles et la Méditerranée jusqu’à ses ancêtres.
À son apogée au Xe siècle, Cordoue avait des rues pavées et éclairées, l’eau courante et des bains publics, et une bibliothèque royale abritant, dit-on, des centaines de milliers de volumes, quand la plus grande de l’Europe chrétienne en comptait quelques centaines. Savants, poètes et médecins venaient de trois continents. Ce fut le terreau qui fit naître les grands esprits d’al-Andalus. (Voir notre guide sur les savants d’al-Andalus.)
Ce n’était pas une histoire lointaine pour la campagne autour de la villa. La Cora de Elvira — le district qui allait devenir Grenade, peuplé des générations plus tôt par le jund de Damas — était une province de cet État omeyyade, gouvernée depuis sa capitale perdue de Medina Elvira dans la Vega. Quand Cordoue rayonnait, cette région rayonnait avec elle. (Voir nos guides sur la route de Damas et Medina Elvira.)
Aucun âge d’or ne dure. Entre 1009 et 1031, Cordoue se déchira dans une guerre civile, la fitna ; Medina Azahara fut mise à sac et abandonnée (ses ruines demeurèrent perdues jusqu’au XXe siècle), et le Califat éclata en petits royaumes appelés taïfas. De cette fragmentation naquirent le monde du Cid, les guerres de frontière et, finalement, le dernier royaume de Grenade. Tout ce qui suivit — y compris le paysage frontalier de la villa elle-même — surgit de l’effondrement du rêve d’Abd al-Rahman.
Qui était Abd al-Rahman Ier ? Un prince omeyyade qui échappa au massacre de sa famille à Damas en 750, s’enfuit en Espagne et fonda l’Émirat indépendant de Cordoue en 756 — le commencement d’al-Andalus comme puissance à part entière.
Pourquoi Cordoue est-elle si importante ? Sous les Omeyyades, elle devint la ville la plus avancée de l’Europe du Xe siècle, et en 929 le siège d’un Califat, avec une bibliothèque légendaire et la Grande Mosquée. Elle fut la capitale intellectuelle de l’Occident.
Qu’est-ce que Medina Azahara ? La cité-palais bâtie par le calife Abd al-Rahman III près de Cordoue à partir de 936, modelée en partie sur le palais omeyyade de Damas. Mise à sac durant la guerre civile du XIe siècle, elle demeura perdue pendant des siècles et est aujourd’hui un site de l’UNESCO.
Quel est le lien avec Grenade ? La région de Grenade (la Cora de Elvira) était une province de cet État omeyyade. Lorsque le Califat s’effondra après 1031, les fragments — dont le futur royaume de Grenade — préparèrent la scène de tout ce qui suivit.
Cortijo Bujio se trouve dans une terre façonnée par l’essor et la chute de Cordoue. Poursuivez votre lecture sur les savants d’al-Andalus, Medina Elvira, la route de Damas et l’Andalousie mauresque.
Sources : Encyclopædia Britannica (« Abd al-Rahman I » ; « Abd al-Rahman III » ; « Córdoba, Caliphate of ») ; Wikipédia, « Madinat al-Zahra » ; Brian A. Catlos, Kingdoms of Faith.