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Boabdil
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Tout empire a un dernier souverain, et l’histoire d’al-Andalus s’achève avec l’une des figures les plus poignantes de l’histoire espagnole : Boabdil, le jeune sultan qui perdit Grenade — et la pleura à un col de montagne que l’on peut encore visiter aujourd’hui, à moins d’une heure de Cortijo Bujio. La sienne est l’histoire d’un royaume qui se détruisait lui-même alors même que ses ennemis resserraient l’étau, et d’un homme prisonnier de circonstances que nul n’aurait su maîtriser.

Boabdil's family leaving the Alhambra, by Gómez-Moreno
Boabdil's family leaving the Alhambra, by Gómez-Moreno · Wikimedia Commons (Public domain)

Une maison divisée

Boabdil — Muhammad XII, en arabe Abu Abdallah (v. 1460–1533) — hérita d’un royaume en guerre contre lui-même. Son père, l’émir Abu l-Hasan Ali (« Muley Hacén »), s’était épris d’une noble chrétienne captive, Zoraya, et favorisait les fils de celle-ci. La redoutable mère de Boabdil, Aïcha al-Hurra, ne pouvait laisser son propre fils être écarté. La cour se scinda en factions ; puis l’oncle de Boabdil, El Zagal, entra dans la mêlée comme troisième prétendant. Dans les années ultimes et fatales du royaume — les armées de Ferdinand et d’Isabelle prenant déjà ses châteaux frontaliers — Grenade se déchirait dans une guerre civile.

Capturé, relâché et utilisé

En 1483, Boabdil partit chercher la gloire contre la Castille et se précipita tout droit dans le désastre : son armée fut mise en déroute à la bataille de Lucena, et lui-même fut capturé — après que son cheval se fut, dit-on, enlisé dans la boue — et emprisonné. Ce fut le point de départ d’une cruelle stratégie. Plutôt que de le retenir simplement, les Rois Catholiques le relâchèrent sous conditions, calculant (à juste titre) qu’un Boabdil libre entretiendrait la guerre civile de Grenade contre son oncle El Zagal. Le dernier sultan devint, en partie, l’instrument involontaire de la chute de son propre royaume.

La reddition, le 2 janvier 1492

À la fin de 1491, Grenade se tenait seule, assiégée et affamée, ses factions épuisées. Boabdil négocia les Capitulations de Grenade — des termes qui promettaient aux musulmans de la ville la protection de leur religion, de leurs biens et de leurs coutumes (promesses qui seraient rompues en moins d’une décennie). Le 2 janvier 1492, il sortit et remit les clés de l’Alhambra aux Rois Catholiques. Près de huit siècles de domination musulmane en Espagne prenaient fin.

Le dernier soupir du Maure

Le moment le plus célèbre survint sur la route de l’exil. S’arrêtant à un col de montagne pour contempler une dernière fois la ville qu’il avait perdue, Boabdil aurait pleuré. Sa mère Aïcha, inflexible jusqu’au bout, lui aurait adressé l’immortel reproche : « Tu fais bien de pleurer comme une femme ce que tu n’as pas su défendre comme un homme. » Le col a été appelé depuis lors el Último Suspiro del Moro — « le Dernier Soupir du Maure ». Vous pouvez encore vous y arrêter, sur la route qui descend de Grenade vers la côte, et regarder en arrière la ville exactement comme il le fit.

L’exil et une fin solitaire

On accorda à Boabdil un petit domaine dans les Alpujarras, le pays des villages blancs sur les versants lointains de la Sierra Nevada. Cela ne dura pas. En 1493, il passa au Maroc, entrant au service des souverains mérinides de Fès, où il vécut ses années loin de chez lui, mourant vers 1533 — dans l’obscurité et la pauvreté, selon la plupart des récits. L’homme qui avait régné sur le dernier joyau d’al-Andalus acheva sa vie en modeste exilé sur une autre terre.

Un jugement plus juste

L’histoire a longtemps traité Boabdil de faible — le roi qui perdit Grenade. Les historiens modernes sont plus cléments. Comme le montrent des spécialistes tels qu’Elizabeth Drayson (The Moor’s Last Stand) et Brian Catlos, il hérita d’un royaume condamné, déchiré par sa propre famille et largement surpassé, et il négocia des termes qui épargnèrent à son peuple les horreurs d’un assaut. Il fut moins un lâche qu’un homme à qui l’on avait distribué une main impossible à la fin d’une ère. (Voir nos guides sur 1492 et la convivencia — mythe et réalité.)

Voir l’histoire de Boabdil depuis la villa

Questions fréquentes

Qui était Boabdil ? Muhammad XII (v. 1460–1533), le vingt-deuxième et dernier sultan nasride de Grenade, qui rendit la ville aux Rois Catholiques le 2 janvier 1492, mettant fin à la domination musulmane en Espagne.

Qu’est-ce que « le dernier soupir du Maure » ? Le col de montagne où Boabdil aurait pleuré en regardant Grenade une dernière fois, et où sa mère le réprimanda. Il est toujours appelé el Último Suspiro del Moro, sur la route qui descend de Grenade.

Pourquoi Grenade tomba-t-elle si complètement ? En partie parce qu’elle se déchirait dans une guerre civile entre Boabdil, son père et son oncle, alors même que les armées bien plus puissantes de Ferdinand et d’Isabelle resserraient l’étau — un royaume divisé au pire moment possible.

Qu’advint-il de Boabdil ? On lui donna un petit territoire dans les Alpujarras, puis il partit en exil à Fès, au Maroc, en 1493, où il mourut vers 1533, loin de la ville qu’il avait perdue.


Cortijo Bujio se trouve à moins d’une heure du col où al-Andalus prit fin. Poursuivez votre lecture sur 1492, Grenade et l’Alhambra, la frontière de Grenade et la convivencia — mythe et réalité.

Sources : Encyclopædia Britannica (« Muhammad XII ») ; Elizabeth Drayson, The Moor’s Last Stand: How Seven Centuries of Muslim Rule in Spain Came to an End ; Brian A. Catlos, Kingdoms of Faith.